Le cowboy dans les westerns

un mmoire crit par El Lobo

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Troisime Partie

 

LE COW-BOY AU CINMA

 

IV. LES GUERRES DE RANCHES

Partie 3: Les moutons

Il y eut un autre facteur de violence surprenant : les paisibles et pacifiques moutons. Pour de nombreuses raisons, plus ou moins valables, les leveurs de vaches ne pouvaient souffrir la prsence des leveurs de moutons. Si de nos jours lopposition entre bergers et vachers ne se discute plus coups de revolvers, l'aversion de ces derniers nen est pas moins tenace, et beaucoup croiraient dchoir en commandant un plat de mouton au restaurant. Dans son livre How to make Cowboy Horse Gear, Grant sexcuse auprs des vachers de conseiller lutilisation dun certain os de mouton effil pour tresser les lanires de cuir.

Les premiers introduire les moutons dans la prairie durent le faire les armes la main, et pendant longtemps le mouton fut une source de profit pour les armuriers avant de ltre pour les bergers.

     Que reprochait-on aux moutons ? Lanimal dabord dplaisait aux vachers qui ne voyaient daristocratie dlevage que dans les vaches et les chevaux, qui lOuest devait sa conqute. Le mouton leurs yeux reprsentait tous les maux de la terre: il dtruit lherbe, disaient-ils, avec se faon de brouter. Il arrache les racines et dtruit las pturages. De plus, ajoutaient-ils, les vaches et les cow-ponies ne veulent plus boire leau o a bu un mouton ni manger lherbe souille par lodeur des ovins. Le mouton devint la bte noire des leveurs, une cible amusante pour la distraction des cowboys qui nhsitaient pas non plus tirer sur le berger si celui-ci voulait sinterposer entre la cible et le tireur. Beaucoup de cowboys furent arrts et traduits en justice pour la destruction dun troupeau ou le meurtre dun berger, mais en pays de vaches, ils taient gnralement acquitts par un jury de vachers.

Au cinma Marshall; ensuite dans Heaven with a Gun (Au Paradis coups de Revolver) de Lee H. Hatzin (1968)., le roi des bergers est incontestablement Glenn Ford, grand spcialiste du mouton. Il incarna an effet par deux fois un fervent dfenseur des ovins dabord dans The Sheepman (La valle de la Poudre, 1958),

                    Dans The Sheepman, aux frontires de la comdie, Glenn Ford (Jason Sweet) et Shirley McLaine introduisent le mouton dans un pays de vaches. Le scnario noffre rien de bien surprenant, reprenant les grands thmes classiques de la guerre de la vache et du mouton. Glenn Ford sobstine, rend coup pour coup, lhumour en plus, et parvient bien sr faire valoir ses droits face aux gros leveurs de vaches (encore eux !). Beaucoup plus srieux malgr son titre, "Au paradis coups de revolver" repose sur la mme situation de base, mais ici Glenn Ford nest plus un berger mais un ex-gunfighter devenu pasteur et essayant de rconcilier les deux clans. La lutte entre les vachers et les bergers nous est ici montre sans complaisance. Les ranchmen nont encore pas le beau rle et passent la limite du banditisme. Le film se double bien sr - Hollywood oblige - dune intrigue sentimentale entre Ford et une jeune indienne, et dun surprenant rotisme, faisant fi des barrires du code Hay, singulirement en avance sur son temps. Le film est dans lensemble bien mont, nous offrant plus dune scne intressante: la tonte des moutons laide des forces, ces grands ciseaux de bergers que lon rencontre encore dans nos fermes de Haute Provence et la scne classique du conciliateur faisant boire ensemble au mme abreuvoir vaches et moutons.

La dfense du mouton nest pas lapanage du seul Glenn Ford. Dans Montana de Ray Enright (1950), Errol Flynn aussi soppose aux ranchmen et fait triompher, du haut dun magnifique palomino, le bon droit du petit berger. Le film cependant ne sort gure dune honnte convention.

Cest sans doute en toute justice et au regard de lhistoire que le cinma se trouve souvent du cot des bergers, mais il cde certainement aussi la facilit dexploiter le cot dplaisant du despotisme fodal des grands leveurs. Bien avant lessor de certaines crises de conscience politique en Amrique, bien avant ltablissement dune certaine intelligentsia de gauche, parfois en plein McCarthisme, une certaine forme dimprialisme est plus ou moins explicitement critique. Il serait bien sr naf dy voir un fait inconscient, involontaire ou innocent. Dans plusieurs cas, on pourrait voir dans cet tat de choses un symbole de la menace communiste, de lattaque des liberts individuelles, bref les grands thmes classiques de lHollywood daprs-guerre. Il est certain que le western se prte aux rcuprations en tous genres et que seule une critique dtaille de chaque film sous lclairage de tel ou tel thme permettrait de jeter sur lensemble un jugement plus clair.

Mais revenons nos moutons et nos vachers, et au conflit de la houlette et du lasso. Bien que lOuest des westerns en soit la reprsentation la plus violente, il na pas le seul privilge du conflit. Dans la plupart des peuples pasteurs, le mouton soppose a la vache, la centaure sopposa lhomme au chien. Lantagonisme entra ovin et bovin repose certainement sur une ralit, si fragile soit-elle. Elle est sans doute moins apparente en dehors du Wild West cause peut-tre des diffrences gographiques dhabitat et de zones dlevage. Mais elle reste une donne plus ou moins constante. Il est ainsi des antagonismes profonds, issus de causes parfois oublies, qui se perptuent presque par tradition. Le guerrier soppose au paysan, le nomade au sdentaire, la pasteur au fermier. Les cowboys et les ranchers des grandes plaines, centaures demi-nomades avides de libert, de troupeaux errants dans les grands espaces, ne pouvaient que se heurter aux fermiers sdentaires, aux pieds profondment enracins la terre.


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