Le cowboy dans les westerns

un mmoire crit par El Lobo

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Troisime Partie

 

LE COW-BOY AU CINMA

 

III. LES CATTLE BARONS

Partie 1

Cattle baron, ou cattle king tait le surnom donn aux gros propritaires dimmenses ranches limage de fiefs fodaux. Dans les plaines du sud-ouest, des hommes comme John Chisum, Charles Goodnight, Richard King et John Cliff dans le Colorado, possdrent de vritables empires. Les ranches de plusieurs milliers de km2 ntaient pas chose rare. Ces proprits gigantesques purent tre cres par les facilits judiciaires et conomiques dalors : la rglementation concernant leau et les terres adjacentes aux rivires ou points deau, les espaces libres de la grande prairie, ainsi que de nombreuses lois non crites de droits coutumiers. Il suffisait gnralement au rancher de sapproprier lgalement les terres avoisinant les points deau et de dclarer par voie de presse l'tendue avoisinante dont il dsirait prendre possession. Theodore Roosevelt lui-mme cra son ranch sans autre forme de procs.

                        Beaucoup de ces barons ntaient lorigine que d"entreprenants jeunes cow boys ou daventureux financiers de lEst bien dcids faire fortune dans un Ouest aux lois lastiques. Linfinit des terres la disposition de tous et le nombre incroyable de longhorns sauvages (plus de 5 millions en 1864 dans le seul Texas) permirent beaucoup de possder des ranches immenses. Ceux qui survcurent aux annes difficiles se trouvrent la tte de gigantesques entreprises de btail. Cest le rve de Don Murray dans These Thousand Hills (Duel dans la boue, Richard Fleischer, 1958) qui, lass dtre un malheureux cowboy au travail pnible, ne reculera devant rien pour devenir un riche leveur.

La naissance, lexpansion et le rgne dun tel ranch est admirablement dcrit par James A. Kitchener dans son ouvrage Centennial (Colorado Saga). Parmi tous les grands noms de lindustrie du btail deux Franais sillustrrent particulirement, lun par son succs et lautre par ses checs; ce furent Pierre Wibaux et le marquis de Mores.

Beaucoup de ces fortunes ne reposaient lgalement que sur bien peu de choses. Les leveurs et les ranchers se grouprent en associations et ne cessrent de crer de nouvelles rgles et de nouveaux privilges afin de dfendre leur empire. Lorsque apparut le fil de fer barbel, beaucoup sempressrent de clturer leurs terres, couvrant ainsi le domaine public de milliers de km. de cltures, se retranchant derrire le droit coutumier des leveurs. La loi sy opposant finalement avec plus ou moins dnergie, les leveurs               sarrangrent pour obtenir au nom de leurs employs des concessions de lEtat offrant 160 arpents toute personne sengageant y demeurer au minimum 5 ans, (suivant le homestead act de 62) et de rcuprer ensuite ces concessions moyennant une petite rcompense. La politique, la corruption et mme la violence contriburent affermir les barons du btail. Dans les dernires annes des grands drives, aux alentours de 1880, les ranchers, nous lavons vu, devinrent de plus en plus des hommes daffaires et des financiers avertis. Beaucoup dAnglais fortuns se mirent a investir dans lindustrie du btail qui tait alors en pleine expansion (plus de 11 millions de ttes dans le Texas et les pturages du Nord). Les ranches sagrandirent, se civilisrent. Antoine Amd Marie Vincent Mance de Vallambrosa, marquis de Mors, voisin et ami de Roosevelt, se fit construire un chteau de 26 pices, un abattoir et une ville son nom dans le Nord Dakota. Plus tard, ruin, il rentra en Europe et mourut en Afrique du Nord en combattant les Arabes. Beaucoup de propritaires europens suivirent son exemple et les chteaux et ranches de luxe se mirent pousser dans la prairie.

En 1880, les leveurs du Wyoming construisirent un luxueux club priv : le Cheyenne Club. Limit 200 membres soigneusement choisis, le Cheyenne Club tait dune richesse et dun luxe encore jamais vus dans la prairie. Il devint le lieu de repos et de rencontre de tous les gros leveurs du Nord. Des rgles trs strictes rgissaient la moralit et la bonne tenue du club o ntaient admis que les vritables gentlemen aux bourses bien garnies et aux ranches immenses.

Les barons du btail crivirent lune des pages les plus marquantes de lhistoire des Etats Unis : symbole de la libre entreprise, du capitalisme et de lesprit de la frontire, ils restent lun des traits les plus typiques de louest en expansion. Dans son livre Travels with Charley, John Steinbeck note, encore de nos jours, leur influence sur la mentalit texane:

The tradition of the Frontier cattleman is as tenderly nurtured in Texas as is the hint of Norman blood in England. And while it is true that many families are descended from contract-colonist, all hold to the dream of the longhorn steer and the unfenced horizon. When a man makes his fortune in oil or government contracts, in chemicals or wholesale groceries, his first act is to buy a ranch, the largest he can afford, and to run some cattle. A candidate for public office who does not own a ranch is said to have little chance of election. The tradition of the land is deep fixed in the Texas psyche. Businessmen wear heeled boots that never feel a stirrup, and men of great wealth who have houses in Paris and regularly shoot grouse in Scotland refer to themselves as little old country boys. 

   (La tradition de lleveur de la frontire est aussi tendrement nourrie au Texas que  la goutte de sang normand en Angleterre. Et bien quil soit vrai que beaucoup de familles aient pour origine des colons contractuels, tous saccrochent au rve du longhorn et des horizons sans limites. Lorsquun homme fait fortune dans le ptrole ou les contrats gouvernementaux, dans les produits chimiques ou lpicerie, la premire chose quil fait est dacheter un ranch, le plus vaste quil puisse soffrir, et dy tenir du btail. On dit dun candidat une fonction publique qui ne possde pas de ranch quil a peu de chance dtre lu. La tradition de la terre est profondment fixe dans la mentalit texane. Des hommes daffaires portent des bottes qui ne connurent jamais dtriers et des hommes trs riches, qui ont des maisons Paris et vont rgulirement chasser la grouse en Ecosse, aiment parler deux-mmes comme de petits gars de la campagne.)


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