Le cowboy dans les westerns

un mmoire crit par El Lobo

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Troisime Partie

 

LE COW-BOY AU CINMA

 

II. TUDES DE FILMS

A/ Cowboy (Cowboy) 1958 de Delmer Daves

  

Cest videmment le film de Delmer Daves, Cowboy, 1957, qui vient en tte de toute tude sur le cowboy au cinma. Dabord parce quil fut l'un des  premiers montrer le travail du vacher et  construire lessentiel de lintrigue sur le sujet, ensuite parce quil est lun des plus importants du genre.

 

 

Solidement construit, et film sans artifices inutiles, ce fut l'un des  premiers westerns nous parlant de vachers, et uniquement de vachers. Parler dune dmythification du cowboy au sujet de ce film, comme beaucoup le firent, serait certainement exagr. Sous le prtendu prtexte de la dmythification. de la banalisation du cowboy, Daves retrouve en effet le mythe pur, revalorisant le vacher en lui enlevant l'aurole du hros de western traditionnel.

 

 

Les personnages y sont vrais, ils vivent, ils voluent, et nous donnent une image assez raliste de ce que devait tre un vacher en ce temps-l. Si les accessoires et les points de dtail ne rsistent pas la loupe du maniaque, les personnages restent dans le cadre dun certain ralisme, et cest peut-tre en cela que le film de Daves est si important.

Lauthenticit du film de Daves fut loue par une critique unanime, ce qui confirme bien que lauthenticit lappui d'une oeuvre de valeur nest quenrichissante. Michael Parkinson et Clyde Jeavons signalent, dans leur ouvrage  " A pictorial History of Western" He is the documentarian of the western films, a director who, even more assiduously than William S. Hart, has tried to depict the West realistically as well as artistically ... The hallmark of Daves westerns is their authenticity. Where Ford pictured the West as it should have been, Daves has tried to recapture the West as it was (Il est le documentaliste du western, un metteur en scne qui, encore plus assidment que W. S. Hart, a essay de dpeindre lOuest de faon tout aussi artistique que raliste. Limage de marque des westerns de Daves est leur authenticit. Alors que Ford nous montra lOuest comme il aurait d tre, Daves essaya de le reconstituer comme il fut).

 

 

J. L. Rieupeyrout crit, dans La grande aventure du Western Voil donc un metteur en scne qui place la joie de dire vrai au centre de ses proccupations et pour qui montrer juste constitue un credo. Pour lui, le western appelle un engagement personnel au nom du respect manifest envers une poque et, dans cette poque, envers les hommes qui contriburent faonner son prsent.

 

 

Tir du livre de Frank Harris My Reminiscences as a Cowboy, le film de Daves est une oeuvre solide et bien construite. Nous dcouvrons toutes les difficults et les preuves du travail du cowboy travers le personnage de Frank Harris (Jack Lemon) apprenti-vacher tout au long dun long drive. Cest certes un artifice fort us que de faire dcouvrir au spectateur un milieu ou un mtier sous un aspect documentaire par le truchement dun personnage lui-mme la dcouverte de ce que le metteur en scne a lintention de nous montrer. Mais le thme est ici habilement trait, et le public sintresse lducation du jeune groom dhtel de Chicago. Daves sut montrer tous les aspects traditionnels de la vie des cowboys sans faire tomber le spectateur dans lennui du documentaire. Il sait attarder la camra sur les scnes les plus colores et les filmer avec amour. Roger Tailleur, dans" LOuest et ses miroirs" note que le film est ... riche en scnes a-dramatiques, pleines de vrit et de lyrisme: un dbarquement de cowboys dans un htel, un embarquement de bovins dans un train, le choix des chevaux avant le grand voyage, un feu de camp dans la nuit dencre, autant de grands moments qui sur le papier ne devaient pas promettre grand-chose".

 

 

Est-ce bien sr ? Ntait-ce pas justement de ces scnes a-dramatiques que Daves comptait tirer le maximum deffet ? Son propos aprs tout ntait pas de faire un film daventure. Il voulait montrer des cowboys dans leur vie quotidienne, recrer un mythe dgnr, mais le recrer en fonction du spectacle. Le dbarquement de vachers, vtus de cuir et perons cliquetants, dans un htel luxueux est justement une scne prometteuse dans nimporte quel script : elle a toujours de leffet sur le public. Daves la bien senti puisquil nous la montre par deux fois : au dbut et la fin du film. Tout comme Aldrich fait le plaisir des cinphiles lorsquil nous montre dans "Vera Cruz" Burt Lancaster et sa bande de ruffians dbarquant dans le palais de lempereur. Le choix des chevaux, le feu de camp, Harris qui ne sait pas mettre ses chaps, le whisky que l'on rpand sur ses fesses endolories au soir de la premire tape, le gros plan du caf qui bout dans la traditionnelle cafetire, autant de lieux communs que le public attend et dont il se rjouit. Ce qui fait la valeur de ces scnes dans le film de Daves, cest surtout la faon dont elles sont filmes et leur insertion dans la tonalit de lintrigue. Cest en fait une sorte de mystification de la part de Daves dinsrer ce type de scne dans un film dapproche semi-documentaire, les faisant jouir de limpression dauthenticit dgage par l'ensemble

 

 

Mais que faut-il donc penser de cette authenticit si prise de "Cowboy" ?            R. Tailleur lui aussi en fait grand cas : Il est appauvrissant, dit-il, de voir "Cowboy" de Daves... sans saluer le souci pointilleux de reconstitution qui a prsid leur mise en oeuvre... Cowboy est un documentaire dans le ton, non dans le propos. Autour dun script riche en dveloppements didactiques, voire en simples prcisions gographiques, Daves construit un film vu et senti (dcors, costumes, tonalits et compositions plastiques).

 

 

      Cest peut-tre savancer un peu loin. Bien sr, Daves sait de quoi il parle, et il en parle bien. Bien sr, ses interprtes sont bien choisis et fort crdibles : Glenn Ford est laise en selle, possdant dans le priv ranch et chevaux. Mais beaucoup de ces scnes        a-dramatiques chres R. Tailleur, ne sont pas le rsultat dun souci pointilleux de reconstitution mais souvent concessions dlibres au dsir de filmer une bonne scne pour plaire au public, au dtriment mme de lauthenticit. Que vont faire en effet les cowboys Chicago ? Les cowtowns furent justement cres pour que vachers et acheteurs puissent se rencontrer et traiter directement leurs marchs. Le btail tait ensuite expdi aux abattoirs de Chicago par les soins de lacheteur et de la compagnie de chemin de fer. Le trail-boss et ses hommes dpassaient rarement Abilene, Wichita et autres cowtowns. Et mme sils le faisaient, comment un salari gagnant 25 $ par mois aurait-il pu soffrir le luxe de lhtel o travaille Frank Harris ?

La scne du choix des chevaux est fort bien filme, mais retombe dans limagerie populaire : ce nest pas dun cheval, mais de cinq ou six qua besoin le cowboy dans son travail. De plus, ce nest pas la veille du grand dpart que les cowboys se mettaient casser des broncos compltement sauvages. Et si le transport du btail par train nous offre de belles scnes entre Jack Lemon et Glenn Ford, ce nest cependant pas le rle du cowboy, mais du puncher que de s'occuper des vaches dans les wagons... et ce nest certainement pas en les prenant par la tte quil aurait essay de relever les btes tombes, mais en les soulevant par la queue! Quant aux dtails de costumes et accessoires, ils procdent tous du plus parfait anachronisme, reprsentant davantage les vachers des annes 1950 que ceux du sicle prcdent et nous ne pourrions ici que rpter ce que nous avons dj dit ce sujet.

 

 

Mais que la loupe du maniaque ne nous cache pas la vision de l ensemble : ce ne sont l en fait que complaisances dun auteur aimant vivement son sujet et dsirant le montrer au public avec un maximum dimpact. Mais cela nous permet de mieux replacer le film de Daves dans sa ralit : lauthenticit et le ralisme ny sont quapparents, et leur but nest pas de dmythifier, mais au contraire de consolider le mythe dans ce quil a de plus profond. Cela est bien illustr dans la fameuse scne ou Jack Lemmon fait part Glenn Ford de son dsir de devenir cowboy. Ford essaie de dcourager le jeune groom en lui montrant les dures ralits du mtier opposes aux mythes : les feux de camps au clair de lune dans la prairie, avec les chants la guitare, entours des braves et fidles coursiers nexistent pas, lui dit-il. Le cheval est un animal stupide dont on ne se sert que par utilit, et les nuits sont froides et pluvieuses, et les cowboys trop fatigus pour veiller... Oui, bien sr, dmythification ? Mais Glenn Ford dit cela dans son bain, cigare au bec, bouteille de whisky la main, et le colt porte pour tirer sur les insectes rampant sur les murs : nest-ce pas une pierre de plus au monument du mythe du cowboy tel que se limagine le public ? Daves has tried to recapture the West as it was?" Le mme sujet sur Corneille et Racine fit - et fera encore - couler beaucoup dencre aux coliers. Il doit en tre de mme pour Delmer Daves et John Ford.

 

 


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