Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Troisième Partie

 

LE COW-BOY AU CINÉMA

 

                                                             Quelque fantastiques que puissent être les prouesses quo­tidiennes des vachers dans leur travail, elles n’étaient cependant pas en mesure d’attirer longtemps les spectateurs dans les salles. Chaque compagnie de production rivalisait d'imagination dans le sensationnel et le spectaculaire. Il fallait des héros, des méchants, et de l’action.

 

 

“Cow-boy” devint un terme générique pour désigner un beau cava­lier, vêtu, coiffé et monté de blanc, armé de revolvers nickelés à crosse de nacre, et pourfendant sans se lasser force bandits, indiens et autres dragons pour les doux yeux d’une belle. Il devient sy­nonyme de boy-scout dans le débilitant décalogue de Gene Autry. La vache disparut complètement de sa vie, et notre ‘cow-boy’ devint un personnage sans situation sociale bien précise si ce n'est celle de justicier. Chevalier errant des temps modernes, il n'eut bientôt que peu de points com­muns avec son modèle, et son lasso délaissa les bouvillons pour les hors-­la-loi.

 

L'évolution du western, ses avatars, ses découvertes, font l’ob­jet de nombreuses études. Les ouvrages sur le sujet abondent. Une certaine intelligentsia, avide de recherche et de nouveauté, se mit avec passion à intellectuali­ser, à disséquer, à analyser, à commenter et psychanalyser tout ce qui passait à sa portée. La bande dessinée et le western, ainsi récupérés, eurent de profonds exégètes. Le héros de western -ou l'anti héros- fut ainsi l'objet de maints travaux et les grands films furent détaillés et expliqués par des spécialistes. Les grands thèmes du western subirent le même sort…

 


 

 

Mais qu'est devenu notre cow-boy - le vrai - durant ce siècle de westerns ? Eh bien, on le voit peu, bien peu même, si l’on tient compte du nombre de films produits.

 

 

                    Même si les cow-boys apparaissent en second plan dans de nombreux films, ceux qui en font leur sujet principal ne doivent guère dépasser la vingtaine. Plutôt que d’étudier séparément chacun des films, on pourrait les regrouper suivant les grands thèmes de l’histoire du bétail tels que nous les avons vus dans la  première partie :

 

 

    Mais afin d’éviter les répétitions, nous allons d’abord envisa­ger l’étude générale d’un point commun à beaucoup de westerns : les ana­chronismes. Il serait absurde de partir à la chasse aux anachronismes et autres erreurs historiques à travers la loupe d'un maniaque, surtout au sujet d’un type de  film dont les prétentions historiques sont souvent limitées. le western, en tant que genre cinématographique, est prisonnier d'une certaine mythologie. Il suffit d'un désert, d'un cheval et d'un chapeau pour créer le décor et sous-entendre toute la mystique et l'univers du western. Pour beaucoup de film ce décor correspond au "il était une fois …" des contes de fées. Ainsi au cinéma le cactus et le cheval nous disent - sans vouloir citer Sergio Leone - "il était une fois dans l'Ouest…" Nous entrons de plain-pied dans le conte, dans cet univers particulier du western. Il serait donc ridicule d'être pointilleux sur le réalisme d'un conte de fées.

 

Cependant, nous l’avons vu, le mythe de l’Ouest prend ses racines profondément ancrées dans une réalité historique et géographique récente. Le cow-boy poussait ses vaches à Abilene il n'y a qu'un peu plus de cent ans. Howard Hawks disait “Les mauvais westerns sont ceux qui racontent une histoi­re qui pourrait se passer n’importe où”. Le western se rattache donc à une réalité profonde, et il est peut-être intéressant de voir en quoi il s’en écarte, ne serait-ce que pour mieux apprécier les réalisateurs qui ont su rester fidèles à une certaine forme de réalisme, sans pour cela affadir ou alourdir leur sujet. Le simple fait qu’accessoires, détails, ha­billement soient scrupuleusement reconstitués, que les personnages soient en accord avec le caractère de leur temps, ne peut qu’être preuve de sé­rieux et de qualité.

 

                          Cela ne suffit pas bien sûr pour faire une oeuvre d’art, et Cor­neille ou Racine ont pu écrire des chef-d'œuvres dans un univers de con­vention, en dehors de tout réalisme historique. Mais une oeuvre de qualité ne peut qu'être grandie par le soin méticuleux des détails, si ceux-ci ne sont qu'un support, un approfondissement du thème traité, comme dans les meilleures réussites du mouvement romantique, une recherche d'une certaine réalité au travers du réalisme et de la couleur locale. Le spectateur arraché de la scène de la crucifixion par la présence involontaire d'un bracelet-montre au poignet du troisième centurion ne participe plus à la Passion, il se voit en train de regarder des images de celluloïd projetées sur un écran.


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