Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Troisième Partie

 

LE COW-BOY AU CINÉMA

 

II. ÉTUDES DE FILMS

L/ Henry Fonda: L'étrange incident (The Ox-Bow Incident) 1943 et La Poursuite Infernale (My Darling Clementine) 1946

   

 

Ainsi de ces dernières années se dégage une image du cowboy s'éloignant de plus on plus de la convention pour essayer de retrou­ver la réalité du mythe. Cela n’était pas chose commune dans les films du passé. Il faut remarquer cependant une belle performance d’Henry Fonda dans The Ox-bow incident (L’étrange incident, 1943) de William Wellman, film généreux dans son propos, et  réaliste dans sa composition. L’on reprocha au film ses décors de carton-pâte, et il est vrai que le lieu de la pendaison, où se déroule la plus grande partie de l’intrigue, sent un peu trop le décor. Mais les personnages sont très attachants, l’on y remarque entre autres Anthony Quinn qui commençait à se voir attribuer d’intéressants seconds rôles. L’attitude du héros (H. Fonda) fut souvent critiquée certains le trouvaient beaucoup trop inactif, spectateur sans importance de l’intrigue. Fonda effectivement n’oc­cupe pas le centre de l’écran, ne prenant pas - ou peu - de décisions et ne s’opposant que mollement au lynchage de trois innocents, mais ce n’est certainement pas une faiblesse du scénario, mais bien plutôt une attitude logique. Les deux hommes (Fonda et son ami) ne sont que des cowboys de passage qui se trouvent mêlés à une pendai­son au milieu d’une foule d’excités. Un vacher n’est pas un avo­cat, et Fonda, digne et réservé comme d’habitude, “colle” bien au personnage. Le choix même de cet acteur indique le désir du met­teur en scène d’opposer un homme juste et calme au groupe de “ven­geurs” déchaînés. La non-intervention de Fonda permet justement au spectateur dans son fauteuil de mieux s’assimiler à Fonda spectateur du lynchage, et avec lui d’en partager l’atrocité. Bien qu’ici le côté “vacher” ne soit qu’incidentiel (c’est seulement la profession de Fonda, mais on ne le voit pas travailler en fait), il est cepen­dant assez important dans le contexte du récit puisqu’il s’agit de vol de bétail et de l’assassinat d'un rancher local. Fonda, avec ses jeans délavés, son blouson de toile et son stetson fatigué, cam­pe une traditionnelle image de couboy, perché sur ses longues jambes.

 

 

Ce seront les mêmes longues jambes montées sur les bottes à talons hauts qui arpenteront les trottoirs de bois de Tombstone, Arizona, incarnant cette fois-ci le légendaire Wyatt Earp dans my Darling Clementine de John Ford (La poursuite infernale, 1946). Le personnage de W. Earp sort évidemment du cadre de cette étude, pour la bonne raison que Earp ne fut jamais un cowhand, pas plus que ses frères Virgil ou Morgan. Jamais, sauf dans ce film de John Ford, on ne sait trop pourquoi. C’est d’autant plus surprenant que le personnage d’Earp est assez connu aux Etats-Unis, et beaucoup de gens on dû se demander où John Ford était allé chercher une his­toire pareille.

Peut-être une sorte de dignification du rôle du futur marshal ? Ford éprouvait une vive admiration pour Earp qu’il avait connu dans les années 20. Sans doute ne voulait-il pas présenter son héros comme un tueur-joueur ambitieux escorté d’une famille de politiciens sans scrupules ? Il est évident qu’en fai­sant de Earp-Fonda un brave et honnête ranchman désireux de venger son frère lâchement abattu, Ford en faisait un héros beaucoup plus proche de l’idéal américain.

Quelles qu’en soient les raisons, le film s’ouvre sur la famille Earp convoyant un troupeau. Quelques belles images de Fon­da hirsute avec une belle paire de chaps et un magnifique “10 gal­lons stetson”. Quelques scènes bien fordiennes des frères entrant en ville pour faire un peu de toilette et un tour chez le barbier. La suite appartient à la légende du frontier-marshall Wyatt Earp, le brave cowboy s’étant transformé en inflexible justicier.

 


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