Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Troisième Partie

 

LE COW-BOY AU CINÉMA

 

III. LES CATTLE BARONS

Partie 2: Les Cattle Barons et le cinéma

Le cinéma ne fit pas grand usage des cattle barons. L’aven­ture économique ou industrielle a moins d’attraits dans un western que les guerres indiennes. Mais les grands éleveurs servirent d’heureux protagonistes aux scénaristes qui pouvaient les montrer soit comme les représentants des ancestrales vertus américaines, soit com­me les méchants et despotiques nababs dont triomphera le héros soli­taire et démuni, conformément à l’imagerie traditionnelle. Cette dualité - en rien contradictoire - permet aux cinéastes de tirer parti des faits historiques pour les besoins de leurs scénarios.

John Wayne, dans Chisum, représente - bien sûr - l’un de ces éleveurs traditionnels, perpétuant l’image classique de l’Amé­rique en marche. Il est celui qui a combattu les Comanches pour ar­racher de la nature hostile quelques terres pour ses vaches, celui qui est parti de rien pour fonder un empire, et surtout celui qui est digne de ses succès et capable de se battre pour en assurer l’a­venir. C’est un peu le même personnage qu’il reprend dans les Cowboys (bien qu’éleveur de moindre importance dans ce dernier film). C’est aussi le personnage que l’on devine au dénouement de Red River.

Mais c’est surtout le coté négatif du grand éle­veur qui a attiré le cinéma. Le fait est intéressant et mériterait d’être expliqué, étant certainement révélateur d’une certaine réac­tion. De même dans les contes de fées, si la jeune héroine épouse le riche prince, ou si le malheureux jeune homme épouse la riche héritière, le méchant n’en reste pas moins le richissime vizir ou le gros bourgeois sans scrupule. Ainsi dans les westerns, la sym­pathie du spectateur se porte d’emblée sur le cowboy solitaire ou le pauvre fermier courageux, le riche cattleman étant tout de suite reconnu comme le “méchant” à combattre.

Très souvent an effet, le baron du bétail est présenté comme un despote tyrannique, mettant en danger la liberté ou la proprié­té du héros. L’impérialisme politique, social ou économique du cattle baron s’oppose aux idées humanitaires des autres protagonistes. Ainsi dans" Shane" les fermiers s'opposent au riche éleveur, dans "Last Train for Gun Hill", le marshall s’oppose au rancher féodal. "The Big Country, Law Man, My Darling Clementine,  Gunfight at 0K Corral, Doc, Rio Bravo, El Dorado", tous ces films nous montrent de grands éleveurs s’opposant à la loi nouvelle suivant leurs anciennes méthodes et leurs traditions. C’est la loi de la jungle s’opposant à la loi de la ci­té, l’ordre bourgeois s’opposant à l’ordre féodal. Situation assez complexe dont les connotations historico-politico-socio-etc. ne man­quent pas d’intérêt. Dans "Law Man" par exemple, le personnage de Lee J. Cobb, s’il reste humain par certains côtés, n’en est pas moins le riche cattleman typique de nombreux westerns, estimant sa loi au- dessus de celle de la cité, et pensant résoudre tous les problèmes soit par l’argent, soit par le colt, en un mot par sa puissance (cf. Quinn dans" Last Train for Gun Hill").

Old Man Clanton est aussi un personnage traditionnel des films de Wyatt Earp : éleveur et patriarche despote dans le film de Ford "My Darling Clementine" sous les traits de  Walter Brennan, riche et arrogant cattleman interprété par Robert Ryan dans le film de Sturges "Hour of the gun" (7 secondes en Enfer) 1967, puissant ranchman parvenu et sûr de sa puissance qui s’oppose toujours au besogneux et honnête marshall essayant d’imposer l’ordre aux hommes des plaines. Il est intéressant de noter que les récentes moutures du mythe Earp (Tombstone, Wyatt Earp) ont réduit considérablement le rôle du vieux Clanton .

 

Dans "Cullpepper Cattle Co", le ranchman s’oppose même au cowboy passant sur ses terres, leur faisant payer un droit de passage exorbitant, les dépouillant de leurs armes, allant même jus­qu’à l’affrontement armé. Ici, le baron féodal prend le style des “Grandes Compagnies”.

Peu de ces films cependant utilisent réellement le véri­table “cattle king” ou la grosse entreprise de bétail. Certaine­ment pour des besoins dramatiques et le réalisme des scénarios, les personnages décrits représentent des éleveurs de grande ou moyenne importance et l’on y voit rarement des personnages de l’envergure de Goodnight ou de King. Ainsi dans "Man from Laramie" (L’Homme de la Plaine, Mann), le patron de J. Steward (Donald Crisp), malgré l’importance de son ranch, n’est pas un vrai cattle baron (à noter dans ce film d’intéressants problèmes d’inflation et de déflation du marché du bétail). Dans "Monte Walsh" également, le propriétai­re du ranch reste une lointaine entité, une compagnie sans visage dont nous ne connaissons que le régisseur.


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