Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Troisième Partie

 

LE COW-BOY AU CINÉMA

 

II. ÉTUDES DE FILMS

G/ El Perdido (The Last Sunset) 1961

  

The Last Sunset (El Perdido, 1961), d’Aldrich nous offre quelques surprises inattendues. Le film au départ ne prépare guère à une étude du cowboy. l’arrivée de Kirk Douglas tout de noir vêtu, retrouvant une de ses anciennes maîtresses après de longues années, poursuivi par un Rock Hudson décidé à se venger pour une question d’honneur assez confuse (“Je viens, dit-il, pour venger le mari de ma sœur que tu as déshonoré en lui volant sa femme”). Tout cela nous prépare à un mélodrame, ou plutôt (car il s’agit tout de même d’Aldrich et de Dalton Trumbo) au drame psy­chologique. Mais le film évolue fort heureusement, et lors d’un cattle drive nous offre de bien belles choses. Nous ne parlerons pas ici des problèmes des personnages entre eux, propre au ressort dramatique du récit. La complexité de leurs relations offre tou­jours matière à discussion (complexité est ici à double tranchant, Kirk Douglas apprenant en effet à la fin du film que la jeune fille dont il est amoureux est sans doute sa fille : Oedipe au Far West !). Mais à côté de cela, il y a des vaches, et l’on voit d’assez près le travail des cowhands. Le lasso est utilisé (il sert entre autre à sortir Rock Hudson de la boue) et Kirk Douglas, malgré une tenue l’apparentant un peu trop à un Zorro sans masque, compose un cowboy acceptable.

    Certes nous retrouvons toute les erreurs habituelles d'accessoires, le scéna­riste forçant la dose jusqu’à armer Kirk Douglas d’un ridicule Derringer glissé dans la ceinture. Le Derringer est une arme pratique car elle peut se cacher dans une poche ou une man­che, et peut être malgré cela d’un calibre impressionnant. le modèle utilisé dans le film est un Remington .41 à canons superposés, permettant donc de tirer deux fois sans recharger. C’est l’arme classique des joueurs professionnels, des prostituées, des bourgeois, bref de tous ceux qui ont besoin d’une arme de tout petit volume pour pouvoir âtre dissimulée facilement. Bien sûr, vu la longueur des canons (qui excède de peu celle de la cartouche), la précision est inexistan­te, n’allant pas au delà - disait-on - du diamètre d’une table de jeu. Ce type d’arme ne peut pas être celui d’un cowboy, et encore moins de l’aventurier qu’est supposé interpréter Kirk Douglas. Rock Hudson l’interroge d’ailleurs à ce sujet, et la réponse de Douglas est loin d’être convaincante. A la recherche de l’originalité, les scénaristes ne redoutent aucunement de verser dans l’invraisemblan­ce. Mais à côté de cela il y a de merveilleuses vues de nuit au feu de camp, et surtout cette scène extraordinaire où les cornes de milliers de white-faces brillent sous la lune d’un éclat bleuté et phosphorescent, dû - nous explique Douglas - à l’électricité stati­que. Ce phénomène est authentique, et provoqua de nombreux stampedes, les longhorns n’appréciant guère de voir leurs belles cornes illuminées du “feu de St Elme”.

Il y a aussi cette scène où la jeune fille trouve un petit veau qui vient de naître et demande à Douglas si elle peut l’adop­ter. Celui-ci lui conseille alors de recouvrir le jeune veau d’un manteau, puis de lui souffler dans les naseaux. “Ainsi, dit-il, il croira que vous êtes sa mère, il reconnaîtra votre odeur et vous sui­vra de partout”.

Il y a ainsi beaucoup de scènes a-dramatiques, mais qui sonnent juste et qui font bien plaisir dans ce film où on ne les attendait point.


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