Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Troisième Partie

 

LE COW-BOY AU CINÉMA

 

I. ANACHRONISME, REALISME ET REALITE

A/ DE L’EQUIPEMENT

  

2) L'armement

Nous en arrivons tout naturellement à parler de l'armement : le procès en sera facile. La plupart des armes américaines sont nommées en fonction de leur année de création, il est donc aisé de juger si oui ou non une telle arme est "légitime" à telle ou telle époque. Il est évident que peut se poser ici un problème de production: les armes d'époques sont rares et recherchées, et ne se trouvent plus en masse dans les magasins d'accessoires. De nos jours cependant des reproductions d'excellente qualité sont disponibles pour un nombre d'armes de plus en plus variées. En revanche, la production du célèbre Colt “Peacernaker” modèle 73 se continue de nos jours, ce qui explique un peu sa prédominance dans tous les westerns. Il en est de même pour la winchester 1892, fabriquée en grande quantité jusqu'en 1940. Ces deux armes célèbres furent donc mises à la sauce de tous les westerns, ou presque, devenant à la limite un symbole de l’Ouest. L’omniprésence des winchesters dans le western semble dépas­ser le cadre des simples facilités de production : le modèle est si célè­bre  que certains réalisateurs en inondent les films. Ce doit être une des armes les plus connues du monde, d'autant plus que le modèle 1894 est toujours fabriqué de nos jours, présent dans tous les magasins de sport. L'apparition d'une winchester fait plaisir au spectateur qui reconnaît la marque, et fait enrager le spé­cialiste qui se demande ce que viennent faire des modèles 1892 à la fin de la Guerre Civile. Nul ne poussa la supercherie et la démagogie aussi loin que Leone qui profita de copies italiennes d'armes de  la Guerre de Sécession pour ainsi "authentifier” l’un de ses films se déroulant à cet­te époque, mais transformant ces armes à piston pour qu'elles puissent recevoir des cartouches métalliques alors que ce type de cartouches n'existaient pas en ce temps-là.

 

Mais ne nous écartons pas trop sur le terrain glissant de Sergio Leone pour en revenir au vrai western et aux winchesters. Cet anachronisme a fini par devenir une des conventions du western : il faut des colts 73 et des winchesters 92, quelle que soit la date où se situe l’ac­tion du film. John Wayne et Rock Hudson (The Undefeated) utilisent à la fin de la guerre civile des revolvers qui n’existeront que dans dix ans, et des fusils qui attendront la fin du siècle pour apparaître : nous som­mes ici en plein Ouest de convention, où le western n’est qu’un cadre, un prétexte à un récit d’aventures, bien loin du sérieux historique de "Gone with The Wind". Même remarque pour Gary Cooper et Burt Lancaster dans "Vera Cruz" d’Aldrich. mais à un niveau déjà bien au-dessus. John Ford lui-même n'hésite pas à ouvrir son film "The searchers" (La Prisonnière Du Désert) en annonçant "Texas 1868" et nous montrant  John Wayne avec son colt 1873 et sa winchester 1892 !

 

 

 

Ces armes furent certes utilisées, mais rarement de la façon montrée au cinéma. Les revolvers à cartouches métalliques étaient fort rares sur le marché au moment de l’age d’or du cow-boy, et ces derniers utilisaient des armes à pistons, les Colts et les Remingtons étant les plus populaires. Lorsque les cartouches métalliques firent leur apparition, dans le courant des années 70, l’arme favorite fut le Colt "Frontier" à simple action  modèle 1873, calibre .44-40, utilisant la même munition que la ca­rabine Winchester modèle 1873. La fameuse Winchester modèle 1892 n'appartient pas, ou si peu, à l'épopée de l'Ouest. Il y eut bien d’autres modèles, et bien d’autres marques, il serait beaucoup trop long de s’étendre là-dessus.

 

La corde est l'outil de travail du cow-boy par excellence : il est bien peu de film cependant où on la voit utilisée. Elle est en revanche accrochée à toute les selles: encore une convention à bon marché : "Attention, nous sommes dans un western, voyez le "lasso" aux selles"…. La corde est un outil de travail d'une certaine catégorie de travailleurs, et sa présence à toutes les selles est illogique.

         M.G. Blanc (El Coyote), qui a connu le temps du cheval de selle et de trait utilitaire, et dans plusieurs pays, est sur ce point d’un avis opposé car il a remarqué que la plupart des cavaliers et des voituriers en campagne aimaient bien avoir à portée de la main une corde d’une bonne dizaine de mètres au moins, ne serait-ce que pour entraver le cheval sur une pâture, ou l’attacher à un  arbre, ou lui faire une trousse de foin. De plus, dans l’Ouest où les écuries étaient rares et le cheval laissé en libre pâture le plus souvent pas­sible, les chevaux prenaient l’habitude d’être attrapés au lasso, ce qui rendait tout autre mode de capture très difficile. Il devait être aussi bien plus difficile dans l’Ouest de se procurer une corde souple en chanvre ou en coton qu’un “lariat” de maguey (cactus) ou de “rawhide” (cuir cru) de production locale.

 

 

 

 

L’apparence générale des cavaliers de western fit couler beau­coup d’encre : on loua fortement l’apparition des héros crasseux des wes­terns “spaghetti” “qui nous changent enfin des beaux héros imberbes et im­maculés du cinéma américain”. C’était seulement confondre réalisme et ou­trance et avoir cessé de voir des westerns depuis Roy Rogers et Gene Autry.  Les bons westerns - et les grands acteurs - ont toujours su éviter ce genre d’écueil. Gary Cooper, James Stewart apportèrent toujours beaucoup de soin à leur tenue, la patinant en fonction du personnage. Maurice Zolotof dans sa biographie de John Wayne, parlant du film "Riders of Destiny" (où John  Wayne fut l’un des premiers cowboys chantants) nous dit :

 

 

 

“Malvern had also wanted him [Wayne] to be gotten up in white hat and spanking-new boots and chaps and shirt. This he would not do. He insisted on dressing Singin' Sandy in a sweat stained Stetson, a dirty old kerchief, a soiled checked shirt, rumpled denim and worn boots. He looked like a man who had been on the trail for a long time".

 

 

(Malvern voulait qu'il [Wayne] soit vêtu d'un chapeau blanc, de bottes, de chaps et d'une chemise flambant neuf. Wayne n'accepta pas et insista pour que Singin'Sandy ait un stetson taché de sueur, un vieux foulard sale, une chemise à carreaux poussiéreuse, des jeans délavés et des bottes fatiguées. Ainsi il avait l’air d’un homme depuis longtemps sur les pistes).

 

 

L’authenticité ne s’arrête pas à un simple catalogue d’authenti­ques souvenirs, aussi corrects soient-ils : c’est surtout une question d’ambiance et d’atmosphère. C’est par exemple cette atmosphère qui se dégage des magnifiques peintures de C.M. Russell ou Remington qu’Hawks essaya de reproduire dans ses derniers films. C’est ce qu’il explique lui-même

 

Dans mes deux derniers westerns, j'ai voulu recréer la lumière, qui existe dans les peintures, les tableaux de l’Ouest. Et la lumière qui domine est toujours le jaune, elle apparaît partout. Mais si vous éclairez les gens avec du jaune, ils ont l’air bizarre... Alors nous avons éclairé les murs du fond, le sol, et nous avons obtenu des effets de lumière très chaude, très douce, très riche, fort belle vraiment... Quand je tourne un western, je fais venir le décorateur, l’opérateur et le costumier et je leur dis “Si vous me mettez un seul bleu... vous êtes renvoyés sur-le-champ ! Tout ce que je veux, ce sont les couleurs de l'automne ne veux pas de la couleur, je veux que l'on ait seulement une impression de couleur."


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