Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

Retour au sommaire

Troisième Partie

 

LE COW-BOY AU CINÉMA

 

I. ANACHRONISME, REALISME ET REALITE

A/ DE L’EQUIPEMENT

  

1) L'équipement

 

Bruce Grant, dans son livre How to make Cowboy Horse Gears, nous dit :

 

“Joe de Young, friend of the late Will Roger … had been scouting for authentic western horse gear in connection with a movie. Joe has been technical adviser for many famous wes­tern movies”

(‘Joe de Young, ami du regretté Will Roger .. . avait recherché pour un film d’authentiques équipements d'équitation western. Joe fut conseiller technique pour de nombreux westerns célèbres)

 

Il semble cependant que les avis des conseillers techniques pas­sèrent souvent après les nécessités de production ou les goûts propres au réalisateur.

          Les premiers westerns du muet s’équipèrent tout naturellement du matériel alors utilisé par les cow-boys de leur temps. Le vieil Ouest, nous l’avons vu, était en train de vivre ses dernières années, et peu de choses avaient changé. Mais le “show business” commença à modifier l’ap­parence des héros, Tom Mix annonça Roy Roger, et notre cavalier de celluloïd ressembla de plus on plus à ceux du cirque Barnum. Dans le même temps, le travail du bétail se mit à évoluer à la suite des modifications techniques du travail, et le matériel s’était adapté aux nouvelles mé­thodes. Le cow-boy lui-même fut influencé par son imitateur de cinéma et se mit à l’imiter lui-même. La mode vestimentaire aidant ainsi à embrouil­ler cette mystification, il devint difficile par la suite de savoir qui a imité quoi!

 

 

Le cinéma continuant à utiliser le matériel contemporain, nous en arrivons à ne voir sur les écrans que les cactus qui soient d’époque. Bah ! une selle western est toujours une selle western, pourrait-on dire. Bien sûr, mais alors une Citroën est toujours une Citroën, et la DS 19 …

 

 

Il    est cependant des anachronismes inévitables. Le plus habile des “prop-men” (accessoiristes) ne pourra fournir par milliers des ani­maux disparus. Les mustangs et les longhorns ont disparu des grandes plaines et ne se trouvent plus qu'à quelques exemplaires dans les élevages privés des nostalgiques du Vieil Ouest.

Nous l'avons vu, le mustang fut remplacé par d'autres races plus adaptées à l'élevage moderne. Les cow-boys actuels utilisent surtout des “quarter-horses”, animaux beaucoup plus dociles et puissants que ne l'étaient les mustangs. Il est peu de films où l'on peut revoir les petits mustangs, mais leur apparition enchante toujours les spectateurs cavaliers. Il est cependant délicat pour un réalisateur de donner à sa ve­dette un petit cheval   d'un mètre quarante-cinq, à la croupe avalée et aux crins ébouriffés, surtout si la vedette approche du mètre quatre- vingt dix ! Le public veut “des hommes géants sur des chevaux colosses” et le petit mustang sert d’aliment aux chiens comme nous l’explique Ar­thur Miller dans Les Misfits, où Gay dit à Roslyn:

 

   “Le mustang, c’est un bon étalon ... Quand j’ai débuté, ils en utilisaient des tas de ceux que je prenais. Personne n’au­rait pu défricher ce fichu pays sans quelqu’un qui lui attrape des mustangs. C’est pas moi, c’est les autres qui ont changé. Autrefois, la nourriture pour chiens, ça n’existait même pas”.

 

 

Le longhorn aussi a disparu depuis longtemps et de toute façon ne serait pas des plus facile à manipuler devant la caméra. On a l’heu­reuse surprise d’en rencontrer parfois de façon inattendue, comme dans ce petit film de Walt Disney, où James Gardner en déserteur de l’armée améri­caine, monté sur un chameau, croise un groupe de cow-boys poussant devant eux des longhorns, ou encore dans l'Alamo de John Wayne. mais la majorité des vaches utilisées dans les wes­terns sont des Hereford ou des “cross-breed” (croisées). Ce sont elles que l’on voit dans Red River, au grand dam de Borden Chase, grand spé­cialiste des choses de l’Ouest.

Le changement de monture et de travail , la fin des “open ranges” (pâturage sans clôtures) entraîna une évolution de la selle. Le pommeau s'élargit vers le début du siècle pour faciliter la tenue en selle, le garrot s'adapta aux puissantes épaules des quarter-horses, le troussequin s'abaissa au maximum  pour faciliter la monte et la démonte du cavalier. Le type de selles actuellement utilisé dans les ranches ou au cinéma n'est apparu qu'après la seconde guerre mondiale. L'apparition d'une telle selle au temps de la Chislom Trail semble aussi incongrue qu'une selle de concours hippique dans une scène médiévale. Les premiers cow-boys à utiliser les selles du type à pommeau renflé les retrouvèrent souvent - dit-on -couvertes de sel au milieu des pâtures pour le plus grand plaisir des vaches et des “old-timers” qui les considé­raient comme une offense à leur profession.

 

 

Howard Hawks ne se gène pas peur mettre des selles modernes sous les fesses de ses cavaliers, mais nous offre, dans El Dorado la fugitive vision d’une belle selle “antique” dans la grange où James Caan va cher­cher la jeune amazone. Il est bien d’autres réalisateurs dont les accessoiristes firent l’effort nécessaire pour retrouver, ou reconstituer, des sel­les d’époque. Le film n’en a jamais souffert : Shane, Culpepper Cattle Cie sont, dans des styles différents, des exemples d’exactitude au servi­ce de la qualité.

Les selles sortent donc de la catégorie des anachronismes inévitables, puisque des productions récentes - et de budget moyen - surent à ce sujet faire le nécessaire. Il en sera généralement de même pour l'ensemble de l'équipement du cavalier. Nous n'entrerons pas dans le fastidieux détail de l'habillement, des bottes et des chapeaux.. Signalons cependant l’évolution des "holsters" (étuis à revolver) : les modèles présentés au cinéma, bas sur la cuisse et la lanière de cuir attachée au-dessus de genou, sont de création récente et sont fort différents de ce que nous montrent les documents d’époque. Il faut aussi remarquer que certains détails d'équipement, autrefois très courants, ont complètement disparu des tenues des cow-boys actuels, et par là-même des écrans. Les bandanas, autrefois ample foulard pouvant couvrir le chapeau en cas de blizzard, protéger les oreilles, servir d'écharpe etc. se trouve de nos jours réduite à la taille d'un mouchoir. Les gants à crispins en un temps si populaire, et que l'on voit souvent sur les photos d'époques, frangés, perlés ou brodés, ont entièrement disparus. Il en est de même des manchettes de cuir qui faisait partie pourtant de la tenue du vacher au même titre que les chaps de cuir. Un autre article qui a complètement disparu est la "cuarta" ou "quirt", court fouet en cuir tressé que chaque vacher portait en permanence, accroché au poignet, à la crosse du revolver ou au pommeau de la selle.                


> Suite