Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Première Partie

 

DE L’OUEST ET DES VACHES

 

VI. LE "DRIVE"

          Pour vendre leur bétail, les éleveurs prenaient générale­ment contact avec les acheteurs du nord et établissaient parfois un con­trat. Ils choisissaient ensuite un “drover” ou "trail boss" (c’est-à-dire celui qui était chargé de conduire les animaux sur la piste) et décidaient entre eux du nombre de bêtes à mettre dans le grand troupeau. Le drover engageait alors une équipe de cowboys et les éleveurs lui amenaient les bêtes choisies pour le grand départ. Si les vaches appartenaient à différents propriétaires, le premier travail était de toutes les marquer d’une “marque de route”. C’était ensuite le départ. Suivant la destination, il fallait de trois à six mois de voyage. L’allure était rapide dans les deux ou trois pre­miers jours, avec des étapes de quarante à quarante-cinq kilomètres. Ce­la éloignait d’un seul coup les bêtes de leur résidence habituelle et en facilitait la surveillance. De plus, les bêtes se fatiguant se mettaient plus facilement an convoi et cherchaient à se reposer la nuit. L’allure de croisière était ensuite de douze à dix-huit kilomètres par jour.

La plupart des. troupeaux comptaient 2 000 à 3 000 têtes, rare­ment plus, vu la difficulté de manier un si grand nombre de longhorns sur la piste. On comptait en moyenne un cowboy pour 300 à 350 bêtes, avec six à huit chevaux pour chacun. Ce qui nous donne pour un troupeau moyen de 2 500 tètes six à huit cowboys et une “remuda” (remonte) d’une soi­xantaine de chevaux. Si l’on ajoute le “trail boss” (chef de convoi), le cuisinier et le “horse wrangler” (l’homme chargé des chevaux), cela fait une équipe d’une dizaine d’hommes. Le trail-boss était d’un rang social plus élevé, parfois contremaître de ranch ou bien alors spécia­liste des drives. Il savait lire et écrire et portait les responsabili­tés financières et commerciales de l’opération. Dans la mesure du possible il envoyait aux propriétaires des nouvelles de la progression du troupeau. Il se devait d'être un professionnel du bétail expérimenté, mais aussi un chef d'équipe et un meneur d'homme.

 

 

 

  

 

                Le personnage le plus important était ensuite le cuisinier. Il se devait de fournir aux hommes fatigués un repas chaud et nourrissant, appétissant si possible, et des litres de café, et cela quelles que soient les circonstances: tempête, tornade, stampede, indiens, outlaws, déserts etc. Généralement ancien cowhand lui-même, il sait ce qu'attendent les hommes et essaie de les satisfaire. Il est en charge de la cuisine roulante, le fameux "chuck wagon", inventé par Goodnight lors de ses premiers drives. Le chuck wagon a radicalement amélioré le confort sur la piste : il transporte le nécessaire pour dix personnes pour quatre à cinq mois. Il y a les effets personnels des cavaliers: vêtements de rechange, sac de couchages, tapis de sol, carabines etc. On y trouve tout l'équipement du camp: four, casseroles, poêles, cafetières, assiettes, bols, et bien sûr les provisions pour un tel voyage: café, farine, bacon, sucre, huile, sel etc. On y accroche un baril d'eau potable d'un coté, et de l'autre le moulin à café et la caisse à outil. En dessous, dans une bâche tendue de rawhide, le cuisinier met sa provision de bois sec pour le prochain camp.

 

 

Chuck wagon

 

 Le cuisinier sert en même temps d'infirmier et soigne les nombreuses blessures quotidiennes des cavaliers: brûlures de cordes, ecchymoses diverses, ampoules, furoncles etc. Il fait office de barbier, de confident, de médiateur. Tous les anciens cowboys sont unanimes à déclarer qu'un bon cook entrait pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise.

 

 

En dehors du traditionnel "beef and beans", le cuisinier se devait d'avoir en permanence du café chaud et des biscuits. Les oeufs et les poulets étaient un luxe apprécié, mais qui ne pouvait s'obtenir qu'au contact de la civilisation. La viande de gibier apportait un changement, mais lors d'un drive les hommes avaient peu de loisir pour la chasse.

 

                 Le "horse wrangler" était le responsable des chevaux. Suivant l'importance du drive il avait entre cinquante et quatre-vingt chevaux de remonte. Les chevaux avaient un à deux jour de repos pour chaque jour de travail. Le wrangler devait les abreuver, leur trouver la meilleure pâture et veiller à leur bon état général.

 

Les vaches avançaient suivant un long ruban, flanquées par les cavaliers, ceux-ci se relayant parfois afin que ce ne soit pas toujours les mêmes qui avalent les tonnes de poussière en queue du troupeau. A l’étape at­tendait le “chuck-wagon” où se préparait la tambouille pour les hommes. Les veilleurs de nuit se relayaient tandis que chaque homme attachait auprès de lui un cheval choisi pour le travail de nuit, à portée de main en cas de panique nocturne du troupeau. Les cowboys faisaient leur lit de couvertures sur des toiles cirées transportées par le chariot. Les pluies, de plus en plus nombreuses en remontant vers le nord, les forçaient à se recouvrir de leurs grands imperméables jaunes et à passer une nuit inconfortable. Il fallait, à l’aube, repartir tout hu­mide pour encore dix à douze heures de selle, parfois plus.

 

 

Et les kilomètres et les difficultés s'étiraient au fil des jours. Les vaches maigrissaient. Il fallait s’occuper des nouveau-nés, abattre les plus faibles qui retardaient la marche. La sécheresse décimait les troupeaux qui parfois ne trouvaient pas d’eau sur 100 ou 150 km. Ensuite c’était les orages qui grossissaient brutalement les rivières. Puis des indiens ou des voleurs de bétail dispersaient le troupeau pour voler quelques bêtes. Le pire était la panique, le “stampede” tant redouté, surtout de nuit. Les longhorns s’affolaient au moindre bruit : un lièvre qui passe, un caillou qui roule ou un orage qui gronde et tout le troupeau se lève d’un seul coup et galope affolé dans la nuit. Si dans une effrayante course nocturne à travers les collines les hommes de garde n’arrivaient pas à les mettre en cercle assez vite, les bêtes couraient alors toute la nuit aux quatre coins de la prairie et il fallait perdre plusieurs jours pour les rassembler à nouveau. Et le troupeau reprenait la piste derrière quelques vieux bœufs portant clochette, plusieurs fois vétérans du voya­ge. "Old blue", qui appartenait à C. Goodnight, a ainsi mené des drives pendant huit années, guidant plus de 10 000 vaches du Texas à Dodge City.

 

  
 

Les dangers et les accidents étaient innombrables sur la piste, ce qui explique en partie la mauvaise réputation des cowboys à l’arrivée. les accidents mortels n’étaient pas rares, et les survivants d’une telle épreuve se “défoulaient” au maximum à la fin du voyage. Après un passage chez le barbier, c'était le bain et l'achat de vêtements neufs. Parfois un arrêt chez le photographe. Puis, après quatre mois de piste et le salaire en poche, le cowboy voulait goûter de la civilisation. Et la civilisation dans ces villes-là n’était que pros­tituées, whisky bon marché et jeux de hasard. Lorsqu’on lit de nos jours dans les journaux le résultat des bagarres du samedi soir, l’on peut imaginer ce que pouvaient donner quelques dizaines de joyeux garçons à la recherche de plaisirs forts après quatre mois de drive. L’alcool et les armes faisant un mélange pour le moins explosif, il ne faut plus s’éton­ner de la réputation de villes “chaudes” que possédaient Abilene, Dodge ou Denver. Ces villes, de surcroît, n’étaient pas fréquentées par les plus sages et plus honnêtes citoyens de l’époque.

Les longhorns n’en continuaient pas moins à se répandre dans les “cowtowns” par dizaines de milliers. Une ère de prospérité s’ouvrait pour les éleveurs.

 

 

 

Chuck wagon

 

Le coffre aux vivres s'ouvre en rabattant la partie arrière du wagon. appuyée sur une béquille, celle-ci  sert alors de plan de travail. Le coffre contient des tiroirs et des casiers où le cuisinier range les pansements, les médicaments, le secrétariat du drive, le sel, le sucre, la farine,  les condiments de cuisine etc. Une bouteille de whisky était parfois caché dans un placard  pour servir à titre médical en cas d'urgence. Le café était transporté en grains verts, torréfié sur place, puis moulu à l'aide du moulin fixé sur le coté gauche, au dessus de la caisse à outils. En dessous du coffre  aux vivres se trouvait la batterie de casseroles, poêles à frire, four de plein air, etc..

 

 


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