Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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Première Partie

 

DE L’OUEST ET DES VACHES

 

IV. A SWEATY LITTLE MAN, TALL IN THE SADDLE
“Un petit homme en sueur, grand en selle”

 

 

 C’est ainsi que William H. Forbis le définit, se rapprochant en cela de Jo Mora qui ne voit en lui qu’un “travailleur bien ordinaire, un type qui, au fond, sentait fort l’odeur de sa monture, aux jambes arquées pour la plupart, qui engouffrait sa nourriture, se curait les dents en public, dormait dans ses sous-vêtements et attrapait des furoncles et de la dyspepsie comme tout autre brave gars qui travaille” ( …just a common, ordinary, working man: one who smelled very horsey at times, was generally bowlegged, gulped his grub, picked his teeth in public, slept in his underwear, and was subjet to boils and dyspepsia the same as any other brave working lad)

 

Cow-boy est un mot rarement utilisé parmi les vachers: ils se désignent entre eux par les termes de “cow-hand, cow-poke, waddy, cow-man, Cow-puncher”. L’usage des mots “cow-boy” et “lasso” trahit le “tender-foot”

Le cow-boy est avant tout un travailleur, assez mal payé pour un travail trés dur, à l’avenir instable. La plupart étaient jeunes, parfois très jeunes, partis à l’aventure dans un Ouest en pleine croissance. Le travail était excessivement pénible et dangereux, et il fallait une sin­gulière robustesse et une certaine santé pour supporter tous les aléas et inconforts du travail sur la piste. Les salaires étaient bas (envi­ron 30 $ par mois) et permettaient seulement l’achat d’un Stetson ou d’une paire de bottes à la fin de la piste. Environ 30 % des cow-boys étaient noirs ou mexicains (ça, le cinéma préfère généralement l’ignorer). Assez peu d’entre eux finalement étaient employés à plein temps pour un ranch particulier. Beaucoup étaient itinérants, se déplaçant au hasard du mar­ché du bétail et des saisons.

 

 

 

 

                     Ce métier, cependant, bien qu’il ne fut pas bien haut dans l’échelle sociale (et suivant parfois un trajet sinueux par rapport à la loi), exi­geait quand même de solides compétences professionnel1es. La médiocrité ne pouvait y être admise, le risque était trop grand pour les autres.

                     Quelles étaient les qualités demandées? En dehors bien sûr d’une grande résistance physique, il fallait être un bon cavalier et sa­voir se servir d’une corde. Cela était alors courant dans l’Ouest où, dans une société exclusivement rurale, la plupart des enfants se voyaient, dès leur jeune age, occupés à cheval aux travaux de la ferme. Il fallait posséder ensuite ce sens du bétail indispensable à ceux qui travaillent avec un si grand nombre de vaches: savoir entrer dans un troupeau et y choisir un bouvillon sans provoquer de panique, savoir faire traverser une rivière à des milliers de vaches en limitant les pertes, ne pas forcer  l'al­lure entre les étapes, savoir installer les haltes au calme pour la nuit etc. Une voix douce   n'était pas du luxe puisque l’homme de garde devait la nuit patrouiller autour du troupeau en chantant sans arrêt pour rassurer les bêtes. Le courage physique était bien sûr nécessaire, car si les tâches quotidiennes n'offraient pas toutes le danger effrayant d'un stampede de nuit, le contact journalier de sauvages longhorns à partir d’un mustang à moitié dressé n’était certainement pas une affaire de petite fille.

Comment se présentait notre homme ? En général de taille moyen­ne, car les mustangs mesuraient rarement plus d’un mètre cinquante, et la plupart étaient plus petits encore. La majorité des jeunes hommes à l’épo­que portaient la moustache, alors à la mode. Sur la piste, ils ne devaient guère être reluisants. Jo Mora rappelle que “peu d’équipes portaient un rasoir sur la piste. Quand les garçons arrivaient en ville, ils ressem­blaient à un tapis brosse en marche, car les ablutions à l’eau froide, en route, n’avaient rien des lotions recommandées pour adoucir la peau”. Nos bergers au retour des transhumances devaient s’approcher d’assez près de l’image du cow-boy débarquant à Abilene.

 

 

 

 Sur la tête, un chapeau de feutre dont la forme variait suivant les états: à bords étroits pour les vents du Wyoming, à bords larges pour le soleil du Texas. Les chapeaux fabriqués par J.B. Stetson étaient les plus réputés. Il en coûtait presque un mois de salaire pour s’of­frir un stetson, mais il est vrai que c'était un investissement rentable.

Le  foulard " bandana"  était noué autour du cou. Il servait -entre autres- à garantir la nuque du soleil, et, remonté sur le nez, à protéger de la poussière. Généralement en coton, parfois en soie, la banda­na était de couleur vive, rouge surtout. Le pantalon était en grosse toi­le solide (denim, whipcord) parfois renforcé de peau à l’entrejambes (Ca­lifornia pants). a leur création, les pantalons de monsieur Levi Strauss eu­rent un vif succès auprès des mineurs et des fermiers, mais n'eurent la faveurs des vachers qu'à partir des années 90. Ils étaient au départ fabriqués dans une solide toile de tente importée de Nîmes, colorée en "bleu de Gêne", d'où l'origine du terme "blue jeans denim". Ils étaient toujours portés très ajustés pour le travail en selle et cela  permettait de se passer de ceinture. Les pantalons en ce temps là étaient coupés différemment de ceux d'aujourd'hui: la taille était plus haute, et une  boucle à l'arrière permettait de les ajuster. Il n'y avaient jamais de passants de ceintures qui sont une création relativement récente et n'apparurent qu'après la première guerre mondiale. Levi's ne produisit ses premiers pantalons avec passants de ceinture qu'en 1922. Tous avaient des boutons pour les bretelles, bien que celles-ci étaient rarement portées par les vachers pendant les heures de travail pour éviter le risque de rester accroché dans la brousse.

Avant que les vachers n'adoptent les pantalons de Monsieur Levi Strauss, leurs préférences allaient vers des pantalons de laine ou de toile solide. Les pantalons de la cavalerie étaient très recherchés. Presque tous étaient taillés sur le modèle ci-contre, avec une patte à l'arrière permettant de les ajuster. Ils montent plus haut que les pantalons de nos jours. Ils étaient portés indifféremment à l'intérieur ou à l'extérieur des bottes.

 

 

                La chemise était ample, en laine, coton ou flanelle de couleur neutre. Certaines étaient à plastron, mais toutes s'enfilaient comme un pull-over, fermées au cou par trois ou quatre boutons, avec ou sans poche de poitrine. Les chemises entièrement ouvertes sur le devant telles que nous les connaissons de nos jour ne firent leur apparition qu'au début du XXeme siècle.

 

 

 

                  Les chaps de cuir - ou de laine angora dans les états du nord - protégeaient les jambes. Le modèle "shotgun" était le plus répandu. Son nom venait de la ressemblance qu'offraient  les jambes  ainsi couvertes de cuir avec les canons jumelés d'un fusil de chasse. Le style "bat wing", beaucoup plus pratique à mettre et enlever, ne s'est vraiment imposé qu'à la fin du siècle.

 

 

 

                   Un gilet de drap ou de cuir couvrait le haut du corps, four­nissant un nombre appréciable de poches supplémentaires, permettant l'été de se passer de veste. Les bottes montaient jusqu’aux genoux. Le talon en biseau atteignait 5 cm., parfois plus. Certains prétendent qu’il servait à empêcher le pied de glisser dans l’étrier, d’autres qu’il servait à ancrer les bottes solidement dans le sol lorsque le cow-boy travaillait le bétail à pied. Bien sûr il y avait un peu de tout cela, mais c’était surtout une image de marque, un signe distinctif de la pro­fession. Les bottes à talons hauts étaient la différence entre le centaure et le piéton.

 

  

 

                 Les éperons étaient à larges molettes, parfois in­crustés d’argent. Leur utilité dans un tel travail est indéniable. Ils étaient le symbole de la profession et  servaient aussi à faire du bruit lorsque le cavalier trottait ou arpentait les trottoirs de bois des cowtowns. Les gants à crispins étaient très po­pulaires, souvent frangés ou perlés. Beaucoup portaient des manchettes en cuir repoussé. L’imperméable en toile cirée jaune - slicker - descendait jusqu’aux chevilles, protégeant à la fois selle et cavalier. Il était en permanence attaché à la selle à la saison des pluies.

 

Celui de gauche porte le traditionnel imperméable en toile cirée, généralement jaune. Il a une chemise à trois boutons et un holster "mexican loop".

Celui de droite porte des manchettes de cuir, une bandanna et un  gilet. Le pantalon est rentré dans les bottes. La "cuarta" est accrochée à son poignet, et l'anneau du paquet de tabac dépasse de sa poche.

 

 

 

             La grosse selle (qui pesait entre quinze et vingt de kilos) était gé­néralement la propriété personnelle du cow-boy et son bien le plus précieux. L’arçon était en bois gainé de cuir vert (rawhide) pour le consolider. L’en­semble était recouvert de cuir parfois décoré (cuir repoussé). Des rondel­les de cuir ou de métal percées de deux fentes (conchas) servaient d’atta­ches pour les diverses lanières aux multiples usages.

   

Great Plains  Saddle

 

C'est la selle type des grands transport de troupeaux. L'arçon renforcé de cuir vert est entièrement recouvert. Une peau de mouton double le dessous des quartiers.
Les lanières servant à fixer sur l'arçon les diffèrent pièces de cuir sont prolongées afin de servir aussi à arrimer  l'équipement du cavalier. L'étrier de bois est galbé à l'étuve. Les larges étrivières entourent complètement chacune des branches de l'arçon. La double sangle est fixée par brêlage sur l'arçon. Le siége est large et confortable, mais l'ensemble pèse une vingtaine de kilos.

 

 

 Une selle toute en cuir repoussé et aux conchas d'argent était le rêve de chaque cow-boy.

Mais même ceux qui se contentaient d'un simple selle de travail sans décoration ni

fioritures ne lésinaient pas sur la qualité: ils passaient de trop longues heures en selles, jour

Après jour pendant des années pour se satisfaire d'un produit médiocre.

Tout l’équipement du cow-boy était le fruit d’une longue tra­dition du travail en selle, ce qui n’empêchait pas le goût du folklore, du panache et de la décoration, goût d’ailleurs partagé par la plupart des  peuples de cavaliers pasteurs. Tout en restant strictement fonctionnel­, l’équipement du vacher ne manquait pas d’être haut en couleurs.

 

  

Presque tous étaient armés et portaient un revolver. Le Colt “Frontier”, calibre .44/40, permettant d’utiliser la même munition que la Winchester modèle 1873, devint l’arme la plus populaire dès sa création. Avant l’apparition des cartouches métalliques, ils utilisaient des Colt ou des Remington, à capsule et pistons, à six coups, toujours de gros calibre (.36 ou .44). L’arme était généralement portée dans un étui ouvert (holster) accroché à la ceinture cartouchière.

 

Mexican loop holster

 C'est le modèle le plus répandu, du début des années 70 jusqu'à la première décennie du Xx eme siècle. L'étui est construit d'un seul morceau de cuir, souvent doublé de daim à l'intérieur. La partie protégeant l'arme est repliée sur elle-même puis cousue. Elle est ensuite passé au travers d'une fente pratiquée dans sa partie supérieure  afin de former une boucle permettant à l'étui de pouvoir coulisser sur le ceinturon.

Le ceinturon est généralement fabriqué dans un cuir assez souple, plié en deux et cousu dans sa partie supérieure. L'une des extrémités n'est pas cousue afin de constituer une poche ou le propriétaire peut placer papiers de valeur, billets ou pièces de monnaie. Deux pièces de cuir, l'une pour la boucle, l'autre pour la ceinture, sont cousues et rivetées à chaque bout. Une autre bande de cuir est cousue sur la longueur afin de former des alvéoles pouvant recevoir les cartouches du calibre voulu. Le ceinturon est droit, l'arme, bien enfoncée dans l'étui est portée haut sur la taille.

Le holster "buscadero" au ceinturon contourné en cuir repoussé et à l'étui pendant bas sur la cuisse, aux lanières de cuir que l'on attache autour de la jambe est une création d'Hollywood.

 

 

 Même si le cow-boy ne passait pas ses journées l’arme au poing comme sembleraient le faire croire certaines productions de série Z, l’uti­lité d’une arme était en ce temps-là, et pour ce travail, incontestable: serpents, loups, coyotes foisonnaient sur les pistes. Le six-coups ser­vait aussi à arrêter les bêtes lors d’un stampede: le cow-boy galopait à la hauteur des animaux de tête et vidait son arme sous leur nez pour les obliger à se mettre en cercle, la pani­que du troupeau s'éteignant alors d'elle-même. Et il y avait aussi – car le cinéma n’a pas tout inventé - les voleurs de bétail et les indiens hos­tiles qui restaient une menace permanente sur la piste. Mais il est indéniable que la plupart  portaient une arme presque par obligation sociale, au delà de la notion de nécessité. Jo Mora se souvient d'avoir vu des chevaux partir en violente série de sauts de moutons tandis que la ceinture cartouchière remontait à chaque saut jusque sous les aisselles du cavalier, l'arme étant parfois projetée en l'air comme une fusée." Why we packed guns on job of that kind and in that way, is a mystery to me now, though it seemed perfectly natural then." ( La raison pour laquelle nous transportions des armes de cette manière et pour ce genre de travail est un mystère pour moi à présent, bien que cela parut parfaitement  naturel à l'époque).

                      La carabine était rarement portée en selle pendant le travail, elle reste en effet une gène quelle que soit la position de l'étui.

 

 

 

 Le cheval du cow-boy, le “cow-pony", n'était pas grand, mais particulièrement agile et résistant. Il n’avait rien pour retenir le regard d’un homme de cheval de l’Est : petit, tout en os, l’encolure sans beauté, le ventre barriqué, les hanches saillantes et la croupe avalée. Mais un mustang n’a que faire de la beauté et il pouvait rendre des points à tous les pur-sangs du monde quand il s’agissait de courir après les vaches en tous terrains. Il tournait sur place et vite (“He can turn on a dime and gives you 10 cts change”). Il pouvait travailler de longues journées, se passant d’orge ou d’avoine, se contentant d’un peu d’eau et des plantes sèches des déserts. Son endurance est proverbiale, et plus d’un mustang distança les chevaux de la cavalerie, nourris au grain, durant les guerres indiennes. Le cheval n’était pas le fidèle compagnon et confident du héros comme nous l’ont montré certains films. En fait, beaucoup de cow-boys ne possédaient même pas un cheval en propre. C’était l’employeur qui, au ranch ou sur la piste, fournissait les montures pour les vachers. Chaque cow-boy recevait ainsi de six à dix chevaux - suivant le travail- pour la durée de son contrat.

 

  


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