Le cowboy dans les westerns

un mémoire écrit par El Lobo

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"COW-BOY" :  n.m.  gardien de troupeaux de bovins (et par ext. de chevaux ) dans l’ouest des Etats-Unis, personnage  essentiel de  la légende de l’Ouest. Film de cowboys "(western)”.

 

 

 

Telle est la définition du Robert, liant indissolublement les cow-boys à la légende de l’Ouest et aux films de western. Telle est aussi l’opinion des cinéphiles non avertis qui n’hésitent pas à dire, en parlant de " High Noon" ou de " Stagecoach " « Ah oui, encore un film de cow-boys ! »

 

 

Mais après tout, ces cow-boys, les voit-on souvent au cinéma ? Moins souvent en tout cas qu’on ne le croirait au premier abord, et citer de mémoire dix films où ils occupent le premier plan pourrait être un bon test d’érudition cinématographique.

 

 

Ce cow-boy, qui est-il ? D’où vient-il et pourquoi ? Le cinéma nous en donne-t-il une image réelle ? Pour essayer de répondre à ces ques­tions, d’abord un peu d’histoire.

 

 

Première Partie

 

DE L’OUEST ET DES VACHES

 

« L’industrie du bétail dans l’Ouest doit ses racines à trois contributions de la vieille Espagne : l’endurant Longhorn, l’étincelant cheval espagnol, et le Conquistador, cette tornade humaine qui les apporta. »

 

I. Conquistadores y vaqueros

Tout commença en 1519, lorsque Hernan Cortes débarqua sa petite armée sur les berges du Mexique. Cent dix marins, cinq cent cin­quante trois soldats et seize chevaux, mais ces chevaux-là allaient chan­ger la face du Nouveau Monde. Le capitaine Bernal Diaz del Castillo a narré en détail cet événement, donnant la description de chacun de ces chevaux, leur état, leur robe etc.. Ces chevaux, et les nombreux autres qui suivirent, étaient des chevaux de combat de l’armée espagnole, métissés d’andalou et de barbe. Ils furent à l’origine des  célèbres mustangs. Georges Blanc, plus connu en Camargue sous le nom d’El Coyote, écrivit dans les années soixante de fort intéressants articles d’hippologie sur les origines et le caractère du “mustang”. En homme de cheval et de bétail averti, il explique comment ce petit cheval, formé par des années d’errance et de hasard, devint le merveilleux instrument qu’il fut entre les mains des premiers “vaqueros”.

 

L’empire de Moctezuma réduit en cendres, le pays conquis vit l’arrivée de colons espagnols. Deux ans après le débarquement de Cortes se produisit un autre événement d’importance : l’arrivée des vaches.

Le nombre croissant d’Espagnols sur le continent américain créait de nouveaux besoins. La chasse ne suffisait plus aux besoins de viande, troupes et colons voulaient du cuir solide pour les har­nais, bottes, lanières et tous les équipements primitifs des premiers pionniers. Eleveur de son état et gentilhomme conquistador par néces­sité, Gregorio de Villalobos essaya d’importer quelques vaches de son Espagne natale. Certaines régions du Mexique ressemblant pour le climat et la végétation au sud de l’Espagne, il estima la chose faisable. Les premiers veaux survécurent et la solide race d’Andalousie proliféra sur le Nouveau ronde, toute en cornes et en muscles. Les “haciendas” et les missions augmentèrent en nombre et le bétail se répandit dans les plaines.

 

 

Mais l’Espagnol ne fit pas qu’apporter le bétail et le cheval :  il continua à utiliser l’équipement et les techniques d’élevage du vieux continent. La selle d’armes, à peine modifiée et élargie, fut un siège idéal pour le nouveau caballero. La monte caractéristique des tradi­tions de la chevalerie européenne, à la jambe allongée dans l’étrivière, l’équilibre du rein au creux de la selle, s’adapta aux nouvelles condi­tions de travail. Le mors à anneau, le harnachement espagnol - où l’in­fluence arabe est évidente - le chapeau andalou à bord plat, tout cela se transporta au Mexique et s’y épanouit de la plus belle façon.

 

Le bétail fut d’abord gardé en enclos, suivant les méthodes eu­ropéennes. Les vachers portaient alors des “picas” pour guider le bétail, semblables en cela aux gardians de Camargue. Mais l’immensité du pays et le nombre croissant des animaux firent vite écarter ces méthodes limitées. ­Les vaches s’éparpillèrent sur les vastes espaces et la "reata", la corde, apparut entre les mains des vaqueros. Ce nouvel outil, typiquement amé­ricain, marque vraiment l’origine du cow-boy.

 

 

Pour se protéger les jambes des épines de cactus, le vaquero attachait à sa selle un tablier de cuir (armas, guardamonte) qu’il ne tarda pas à abandonner pour créer les “chaparreras” (chaps) encore utilisées de nos jours, protection de cuir que le cavalier enfile sur son pantalon. Les étriers s’évasèrent, le pommeau de la selle se rétrécit pour l’usa­ge de la corde, le chapeau s’élargit pour le soleil, et voilà notre va­quero qui prend une silhouette de plus en plus familière.

 

 

 

     Pendant le quart de millénaire qui suivit la conquête, les tech­niques d’élevage se développèrent, s’affirmèrent, pour atteindre une quasi-perfection, et ce dans toute la zone où des haciendas s’étaient établies, du Yucatan à la Californie et au Nevada. En dehors même des haciendas et des “ranchos”, des troupeaux de chevaux et de vaches proliféraient à l’état sauvage. De lointaines expéditions, comme celle de Coronado, avaient abandonné en route de nombreux chevaux et bovins.

 

Selle mexicaine

  

Outre les haciendas, les Espagnols construisirent de très nom­breuses missions. Ces missions étaient riches en bétail et là comme ail­leurs les vaches se reproduisaient à une allure prodigieuse. En 1770, la mission de l’Espiritu Santo, par exemple, comptait 40.000 tètes. Mais le nombre de têtes dépassait bien sûr la demande, et les animaux à l’état sauvage ne cessaient d’augmenter. Les vaches aux longues cor­nes couvraient les collines, indifférentes aux problèmes des hommes.

 

  

 Le vaquero mexicain est l’ancêtre direct du cow-boy américain, et son influence se fait toujours sentir de nos jours. Aussi attirant et flamboyant que soit l’attirail du vaquero, tout y est fonctionnel au plus haut point. Le goût espagnol du clinquant et de la décoration y est certes apparent, mais jamais accessoire: le travail est trop dur et trop dangereux. Tout est utile, fruit, nous l’avons vu, d’une longue expérience : bottes, selle, vêtements, rênes, mors, la moindre pièce d’équipement est conçue et réalisée pour travailler les vaches à cheval.

 


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